02/10/2013

ORDRE PROFESSIONNEL DES PSYCHOLOGUES - ARGUMENTAIRE

 

Argumentaire en faveur d’un ORDRE PROFESSIONNEL DES PSYCHOLOGUES 

La création d’un Ordre professionnel des psychologues constitue l’aboutissement logique de la définition formelle de la profession établie par la loi du 25 juillet 1985. Cette loi réglementant l’usage du titre de psychologue, visait déjà à lutter  contre les pratiques déviantes de la psychologie et de la psychothérapie. Avec la loi de 2003 qui oblige l’inscription d’exercice au fichier national ADELI, notre profession est désormais réglementée à part entière. Mais ces élémentaires protections du titre et de l’exercice laissent libre cours à la pratique sauvage de la psychologie. Peu importe qu’on ait le titre, tant l’ivresse d’un pouvoir sur autrui est grand…

Ainsi, à ce jour rien n’est réglé, et l’usurpation des méthodes psychologiques et psychothérapiques se décline dans tous les domaines d’activités. Pour éviter ces dérives, nous ne disposons d’aucune instance, en fait et en droit, pour protéger le public et la profession. Il nous a fallu 30 ans, une génération d’épreuves professionnelles, pour réagir !...Notre jeune profession prend désormais de la bouteille.

Les directives européennes, dans l’optique d’une libre circulation des personnes,  pratiquent un nivellement du métier de psychologue par le bas. Aussi l’usager ne peut faire la différence entre la profession de psychologue et de psychothérapeute dans la jungle des « psys»  autoproclamés. Les pouvoirs publics sont incapables de faire respecter la loi de 19… obligeant psychologues et psychothérapeutes en exercice à une inscription sur le fichier ADELI tenu par les Agences Régionales de Santé. De récents signalements d’abus de qualification sont loin d’émouvoir cette organisation sensée nous protéger, et l’administration fiscale n’est pas plus diligente à répertorier les activités libérales de psychologues non déclarées. Alors que 8000 psychologues libéraux sont répertoriés sur le fichier ADELI (chiffre inférieur au nombre de praticiens, car très souvent les psychologues salariés ignorent cette obligation ou n’en voient pas la nécessité), seulement 4700 sont déclarés à la caisse de retraite ad hoc, la CIPAV. Qui s’en émeut ?

Faute d’être psychologue ou psychothérapeute, nombreux sont les malins à se proclamer thérapeute comportementaliste, coach, conseil en gestion de carrière… et autres glissements sémantiques, avec le confort de n’être pas sanctionnés, à la barbe du législateur qui en cas d’usurpation avérée, fait un simple rappel à la loi, se limitant à la protection du titre. C’est la porte ouverte à l’usage plus ou moins averti des méthodes faussement psychologiques par des personnes non qualifiées, et ses conséquences souvent graves en termes de respect de la personne et de son intégrité.

Pour le moment notre profession de psychologue est « réglementée  non organisée par un  ordre professionnel », à la différence des professions « réglementées avec ordre professionnel » tels que médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, avocats, officiers ministériels, architectes, experts comptables, géomètres experts, notaires,. Notre métier, quelque soit le mode d’exercice, public, libéral ou associatif, ne peut plus faire l’impasse de la création d’un Ordre, adoptant nos Actes de Compétences et un Code de déontologie commun (tels qu’ils sont décrits et publiés dans le livre « les Psychologues, , édité en juin 2013 par les éditions Elzévir)

- D’autres organisations de psychologues prônent la création d’un « collège national professionnel » : si ce dernier aurait les mêmes attributions qu’un ordre professionnel, le SPEL ne voit pas l’intérêt de cette dénomination. Le SPEL, tant par égard au  public qu’aux pratiques psychologiques, voit dans cette originalité « collégiale » l’introduction d’un flou symbolique qui nous marginaliserait, eu égard aux autres professions citées. En effet, un Ordre professionnel représente une instance disciplinaire : d’une part, il a mission de renforcer la qualité des professionnels en exigeant formellement d’eux le respect des principes de moralité, de probité, de compétence et de dévouement indispensables à l’exercice de la psychologie ; d’autre part, il protège l’usager de l’exercice sauvage de la psychologie et de la psychothérapie, ainsi que de l’utilisation abusive des termes « psychologie » et « psychothérapie ».

- Il est aussi proposé par d’autres organisations une «certification Europsy » privée : ce caractère privatif est d’autant plus alarmant  qu’il se substitue à l’indispensable préalable de la structuration nationale de notre métier; nous voyons en « Europsy » une organisation financière, qui échappera très vite à la plupart d’entre nous. D’autant que cette organisation, largement parrainée par les professeurs d’université, est une menace d’instrumentalisation par des « enseignants » qui sont loin de vivre notre statut et de nos difficultés de libéraux ou de salariés d’organisations sanitaires.

C’est d’ailleurs dans cet esprit d’indépendance et de qualité des compétences pour respecter le public, et de confraternelle solidarité que s’est créé le Syndicat des Psychologues en Exercice Libéral (SPEL), en 2003.

Dès 2003, nous avons ressenti la raréfaction des emplois salariés des psychologues, confirmée par une étude de notre caisse de retraite libérale (CIPAV) relative à la montée en force des « robinsons de l’emploi », c'est-à-dire l’inflation galopante, non démentie à ce jour, de cadres qui refusant le chômage, optent pour l’exercice libéral ; c’est ainsi que les adhérents de la CIPAV ne cessent d’augmenter. Dès ce début du XXI siècle, nous ne pouvions plus vivre notre pratique à l’aune de nos confrères salariés. En effet, les psychologues libéraux sont en première en ligne à subir de multiples concurrences déloyales et illégales, alors que les psychologues salariés sont au moins protégés dans le secteur sanitaire et social par des conventions collectives nationales.

Aujourd’hui et plus que jamais, l’exercice du psychologue libéral se trouve confronté au développement incontrôlé du « marché du bien-être ». C’est un véritable paradoxe de voir se paupériser les psychologues, alors que l’usurpation sauvage de nos techniques plus ou moins « arrangées » assure l’enrichissement des « marketeurs d’une opportuniste psychologie rock and roll ». Cette situation résulte du business de la formation continue : la vente tous azimuts de quelques ficelles psychologisantes à des actifs et des chômeurs en mal de repères, a engendré autant d’apprentis sorciers, tirant leur aura de l’agencement verbal attendu par le client, se limitant à flatter son narcissisme.

OUI, le SPEL affirme que L’EXERCICE ILLÉGAL DE LA PSYCHOLOGIE ET DE LA PSYCHOTHÉRAPIE EXISTENT, dans un esprit de marchandisation de l’humain.

OUI, après 10 ans de travail et l’écoute de chacun d’entre nous, le SPEL confirme que seul un Ordre professionnel peut donner des repères symboliques trop souvent oubliés, dont chaque professionnel a besoin pour respecter la déontologie et établir une liste nationale des psychologues, si mal gérée par les ARS. Faute de recrutements institutionnels, les nombreux jeunes psychologues « libéraux par obligation », face à des cliscients de plus en plus déstabilisés socialement et professionnellement, doit trouver une  forte cohésion professionnelle avec la légalisation de nos préconisations publiées dans « LES PSYCHOLOGUES, leurs actes de compétence professionnels ; leur exercice et leurs pratiques spécifique : la psychologie»…

Le 15 septembre 2013.

Marie-Ange HELIE, Présidente

Mireille BOUSKÉLA,  Vice Présidente

 

 

16/04/2013

PROFESSIONS LIBERALES : UNE DEFINITION OFFICIELLE

 

UNION NATIONALE DES PROFESSIONS LIBERALES

 

Un événement majeur pour les professions libérales depuis 2012, les Psychologues libéraux sont concernés : pour la première fois dans l’histoire,  une définition objective de la profession libérale est inscrite dans la loi. Il s’agit là d’une incontestable victoire de l’UNAPL qui par son action au sein de la Commission Nationale des Professions Libérales (CNAPL), certes, mais plus encore directement envers les Pouvoirs publics a su démontrer le bien – fondé au regard de l’intérêt général de la nécessité d’une telle définition.

 

 Définition des Professions Libérales : amendement adopté :

l’Assemblée Nationale, a adopté un article 25 bis dans la proposition de loi relative à la simplification du droit et à l’allègement des démarches administratives le 31 janvier 2012, ainsi rédigé :

« Les professions libérales groupent les personnes exerçant à titre habituel, de manière indépendante et sous leur responsabilité, une activité de nature généralement civile ayant pour objet d’assurer, dans l’intérêt du client ou du public, des prestations principalement intellectuelles, techniques ou de soins, mises en œuvre au moyen de qualifications professionnelles appropriées et dans le respect de principes éthiques ou d’une déontologie professionnelle, sans préjudice des dispositions législatives applicables aux autres formes de travail indépendant. »

 

Cet alinéa 1 de l’article 25 bis inscrit, pour la première fois dans l’histoire, dans la loi, une définition objective de la profession libérale. Il s’agit là d’une incontestable victoire de l’UNAPL qui par son action au sein de la Commission Nationale des Professions Libérales (CNAPL), certes, mais plus encore directement envers les Pouvoirs publics a su démontrer le bien – fondé au regard de l’intérêt général de la nécessité d’une telle définition. Nul doute, par ailleurs, que le Tour de France des Professions Libérales et les Premières assises des professions libérales de 2011 qui succédèrent aux premiers entretiens des professions libérales en juin 2010, toutes manifestations à l’initiative du Président GORDON – KRIEF, ont énormément compté pour aboutir à cette issue demandée depuis longtemps par l’UNAPL.

 

CLINIQUE PSYCHOLOGIQUE

 

CLINIQUE PSYCHOLOGIQUE

Quelques références de littératures et historiques à propos du mot clinique

Nous vous recommandons la lecture des extraits du « Concept et la Violence de P. Fédida, en F, pensée profonde sur le concept « clinique »

RAPPEL - Un titre unique et unitaire : Psychologue – Une qualification commune à tous les Psychologues : cliniciens.

En références aux  définitions de clinique et de Psychologie clinique dans la littérature, le SPEL démontre et défend, que tous les Psychologues quelque soit leur spécialité sont des cliniciens. Aussi, il s’avère que définir une catégorie de Psychologues comme étant les seuls cliniciens, est réducteur quant à la reconnaissance  de la complexité des savoirs et compétences qu’il convient d’utiliser quelque soit sa pratique psychologique. Et par conséquent  préjudiciable à l’unité donc à notre force de  représentativité.

Alors, nous objecterons pour ce propos qu’il serait grand temps de réhabiliter le mot « pathologique » disparu des plaques des Psychologues ayant la spécialité du Diplôme  « psychologie clinique et pathologique ». Il semblerait qu’un effet d’entraînement massif l’ai balayé  pour ne garder que « Psychologue clinicien »  qui déspécialise et décrédibilise en affichant une spécialité à moitié vidée de son contenu. Clinicien n’est pas une fin en soi, mais une condition sine quoi non à l’exercice de la Psychologie. La pratique même intègre la clinique -  Les médecins,  les infirmiers, les travailleurs sociaux sont des cliniciens, et ils ne daignent pas le rappeler dans l’intitulé de leur diplôme. M.B.


A-    PSYCHOLOGIE – Maurice REUCHLIN – 6 °Edition PUF Fondamental – 1986

 Les méthodes cliniques

La méthode clinique se diversifie largement d’un utilisateur à l’autre. Il faut mentionner out à fait à part la méthode de Piaget, qui lui appartient en propre. On pourra ensuite considérer que, dans le domaine qu’évoque habituellement le terme « clinique », la méthode du psychologue consiste à étudier de façon en principe approfondie, des sujets individuels, par des techniques d’investigation pouvant être ou non normalisées, et ne faisant pas nécessairement usage d’élaborations statistiques. L’utilisation de notions empruntées de façon plus ou moins « orthodoxe » à la psychanalyse est relativement fréquente.

 Piaget pratique une méthode qu’il a dénommée « clinique » en 1926 et à laquelle il est resté fidèle. Il l’a employée uniquement à des fons de recherche, non de pratique individuelle. Ces recherches portent essentiellement sur le développement de l’intelligence, sans référence à la psychanalyse.

 Rey, lorsqu’il publie en 1964 l’examen clinique en psychologie, s’adresse à un public de praticiens ayant à intervenir dans des cas individuels. Il fait un large usage des tests normalisés et étalonnés statistiquement

B-    – Dictionnaire de la Psychologie – LARROUSSE – Edition 1967 -  écrit pour le grand public - Auteur : Norbert Sillamy, Membre de la Société française de psychologie - Préface du docteur Hesnard, Ancien président de la Société française de psychanalyse          

   Psychologie clinique

 Ce  n’est pas comme on pourrait le croire l’étude psychologique d’un patient au lit, ou la psychologie des maladies mentales, mais simplement une méthode particulière de compréhension des conduites humaines.  C’est essentiellement, une psychologie « en deuxième personne » (par opposition à la méthode introspective ou « psychologie en première personne » et au béhaviorisme ou « psychologie en troisième personne). Elle vise à déterminer, à la fois ce qu’il y a de typique et ce qu’il y a d’individuel chez un sujet, considéré comme un être humain concret au prise avec une situation déterminée. S’efforçant de comprendre le sens des conduites, elle analyse les conflits de la personne ou du (groupe) et ses essais de résolution. La psychologie clinique utilise les renseignements fournis par l’enquête sociale (témoignage recueillis dans l’entourage du sujet), les techniques expérimentales (tests d’intelligence, de caractère…) l’observation du comportement, l’entretient en tête à tête, les données de la biotypologie et celle de la psychanalyse. Ensuite, elle d’efforce d’intégrer tous les éléments recueillis dans une représentation d’ensemble suffisamment cohérente du comportement du sujet dont elle veut faire apparaître les motivations et la signification profondes. A partir de l’étude approfondie de cas, la psychologie clinique espère parvenir à une généralisation scientifique valable.

C-    LE PETIT ROBERT DICTIONNAIRE DE LA LANGUE FRANCAISE – Edition 2003

 Nous observons que d’après cette édition actualisée du PETIT ROBERT en 2003, ne fait référence qu’au milieu médical pour définir clinique.

Clinique : 1. qui concerne le malade au lit ; qui observe directement les manifestations de la maladie,  au chevet du malade. Médecine clinique.  Examen clinique.  Signes cliniques : symptômes que le médecin peut percevoir par la seule observation. Tableau clinique : ensemble des manifestations cliniques d’une maladie. Essai clinique : expérimentation d’un nouveau médicament sur l’homme. Cliniques : épreuves pratiques que doivent passer les futurs médecins. 2. Méthode qui consiste à faire un diagnostic par l’observation directe des malades. 3. Service hospitalier où est donné l’enseignement d’une discipline médicale. – Chef de clinique : médecin qui , après l’internat , assure un enseignement dans un service de clinique.  4.  Etablissement privé où l’on soigne et opère les malades.

D-        MANUEL DE PSYCHIATRIE 6° Edition – Henri EY – P. BERNARD – Ch. BRISSET

Observation clinique

Il s’agit d’un document difficile à établir, il doit composer :

1°)  Une feuille de renseignements obtenus auprès des tiers (famille, service social, employeurs) et qui doit retracer la biographie (1) détaillée du malade des antécédents pathologiques héréditaires et personnels et l’évolution circonstanciée de la maladie mentale.

2°)  Un journal méthodologiquement tenu à jours où après un premier inventaire complet de la sémiologie du malade doivent être décrites les modifications et l’évolution du tableau clinique dans leurs ordres chronologiques d’après les observations des médecins, de leurs auxiliaires et des infirmiers.

 3°)  Le résultat des examens psychométriques que le Clinicien a cru devoir demander (tests, questionnaires, inventaire des symptômes) pour élargir le « champ de son regard ».

4°)  Les renseignements para cliniques (examen de laboratoire, électro-encéphalogrammes)

5°) Une feuille de traitement où doivent être soigneusement consignés les actes thérapeutiques (thérapeutiques biologiques, médicamenteuses, psychothérapeutiques)

           E-     « La Psychologie et ses méthodes » - Françoise COUCHARD  – Michèle HUGUET – Benjamin MATALON – Ed. Le Livre de Poche 09/1995

Dans cet ouvrage, il n’existe pas de définition spécifique de la psychologie clinique, mais trois méthodes qui sont exposées comme étant constitutives de la Psychologie : la méthode comparative – la méthode expérimentale – la méthode clinique.

Dans « La méthode clinique », Michèle Huguet ne donne pas de définition exhaustive, puisque l’objet de la méthode clinique obéit à une approche et un raisonnement qui se donnent justement cet objet comme projet d’étude.

Par contre, Michèle Huguet part des citations des Maîtres pour rechercher cet objet, qui sont les suivantes :

-          Daniel LAGACHE : « Ce qui spécifie la psychologie clinique, c’est la méthode clinique, c'est-à-dire la nature des opérations avec lesquelles le psychologue clinicien approche la conduite humaine … la conduite humaine individuelle et ses conditions (hérédité, maturation, conditions psychologiques et pathologiques, histoire de la vie), en un mot, l’étude de la personne totale en situation » (« Psychologie clinique et méthode clinique », in L’Evolution psychiatrique, n°1, avril-juin 1949).

-          Définition précisée par la suite par J. FAVEZ-BOUTONIER : « Etude d’une personnalité singulière dans la totalité de sa situation et de son évolution » (« La psychologie clinique : objet, méthodes, problèmes », in Les cours de la Sorbonne, 1959 et 1962)

 

F-     « Le concept et la Violence » - Pierre FEDIDA – Ed. 10/18 N° 1186 -1977

Chapitre : PERCEPTION ET COMPREHENSION CLINIQUES EN PSYCHOLOGIE :   INSTRUMENTALITE ET CONCEPTS (Article publié dans le Bulletin de psychologie, 1968). 

Extraits :                                                                                                                                 L’histoire de la psychologie clinique – telle qu’on la trouve retracée dans différents ouvrages parus depuis vingt ans – tend à la faire apparaître comme une spécialisation dans la méthode ou une différenciation dans l’objet de la psychologie, ou encore comme une preuve de la fécondité de ses résultats expérimentaux dans la compréhension des cas. Afin de se constituer objet d’un savoir, la psychologie ne s’est-elle pas voulue  - au cours du XIXe siècle - de vocation expérimentaliste, et n’est-il pas vrai alors que l’idée d’une psychologie appliquée à l’observation des comportements déficient ou anormaux se heurtait de suite aux conditions éthiques , sociales et juridiques d’une médecine – secondement à l’esprit d’une clinique ayant pour elle ses gestes et son savoir, son institution et ses traditions. La question que l’on voit encore se poser aujourd’hui chez certains psychologues est significative des ambiguïtés épistémologiques que la psychologie a suscitées en important de la médecine le terme de clinique : la clinique doit elle être ici considérée comme méthode ou comme objet ? […]

[…], le concept de « clinique » est, en psychologie, un concept sensibilisé dont le statu est problématique non seulement par rapport à la médecine, mais aussi à l’intérieur de la psychologie elle-même. Dès que l’on veut en examiner le sens et en rechercher les conditions de validité ou encore en repérer la situations épistémologique et la modalité méthodologique, on voit se multiplier les questions qui on trait à l’organisation d’un savoir , à la structure de son objet, à la répartition des sphères de compétence, à l’ordre des qualification, etc. Qu’est-ce que la psychologie clinique par rapport à la psycho-pathologie  et à la psychiatrie ? La psychiatrie est-elle clinique dans le même sens que la médecine générale ?  […]. Quelles nouvelles frontières la psychologie dessine-t-elle entre la santé et la maladie, l’enfant et l’adulte et peut il y avoir clinique hors d’une manifestation de signes et de symptômes ? Si clinique marque l’intervention d’un rapport original de l’individuel et du général da le champ d’une connaissance pratique, si elle confère au cas sa vérité de notion concrète-abstraite, dans quelle mesure peut-on commencer à parler de « cas psychologique » ? La psychanalyse elle-même – sans laquelle la psychologie clinique n’aurait pas eu le développement qu’on lui connaît – peut-elle être située et saisie dans la pure tradition d’une démarche clinique ? […]

[…] L’Observation directe de cas psychologiques.  La signification que l’on reconnaît habituellement au concept de clinique et à la pratique qu’il comprend est celle d’une observation singulière et concrète de l’individuel. A la différence d’une procédure expérimentale où l’observation, liée à l‘instrumentalité de l’expérience, reste – comme dit Bachelard – « polémique » à l’égard des faits, la pratique clinique exige le silence des théories afin que s’articulent et s’ordonnent dans le regard qui sait les signes de la maladie présente. « Voir des malades » est l’impératif pédagogique de tout apprentissage clinique : il est la condition d’acquisition d’un savoir. […]. Le cas est ce qui tombe sous l’évidence d’une observation dépouillée de toute théorie. Il a, dans sa justification épistémologique première, valeur d’exception ou de déviant : il représente donc le coefficient d’incertitude d’une science, par rapport à la généralité de ses lois. Mais, de plus le cas clinique manifeste l’émergence d’une complexité concrète de symptômes et de signes et d’une cohérence analogique : en ce sens, il se différencie de la notion d’individualité concrète dont on sait depuis Aristote, qu’elle n’est pas scientifiquement traitable. Le cas témoigne du pouvoir d’un langage constitué (ici la connaissance générale des maladies) […].  […] : les cours et les livres ne suffisent pas lorsqu’il s’agit de former un praticien. […].

  

G-   Et encore,  quelques définitions de la psychologie clinique selon les chercheurs/auteurs qui y ont fait « figure » 

Les principales racines de la psychologie clinique remontent à la fin du XIXème siècle, L. Witmer (1867-1956) aux Etats Unis, Pierre Janet (1851-1947) en France, S. Freud (1856-1939) sont présentés comme les fondateurs de cette discipline, notamment parce que leur travaux ont en commun de mettre l’accent sur l’intérêt d’une approche globale et singulière de l’individu (Pedinielli, 1994 ; Prévost, 1988).

Néanmoins, l’essor véritable de cette discipline né des secteurs de la psychologie est postérieur à la Seconde Guerre mondiale. La conférence intitulée « Psychologie clinique et méthode clinique » prononcée par Daniel Lagache (1903-1972) à la Sorbonne devant le groupe de l’Evolution Psychiatrique en 1949 est souvent présentée comme l’acte fondateur de la psychologie clinique en France. Dans son allocution, Lagache définit l’objet de la psychologie clinique comme « l’étude approfondie des cas individuels ou l’étude de la conduite humaine individuelle et de ses conditions (hérédité, maturation, conditions physiologiques et pathologiques, histoire de vie), en un mot, l’étude de la personne totale en situation ». Pour Lagache, la psychologie clinique est l’expression de la tendance « humaniste et totalisante » de la psychologie. Elle est la science de la « conduite humaine concrète » adaptée ou inadaptée, normale ou pathologique. La méthode clinique vise l’interprétation compréhensive des conduites d’un sujet dont elle établit « le sens, la structure, la genèse ». Elle se présente comme l’étude approfondie, l’observation intensive, l’exploration exhaustive, « l’investigation systématique et aussi complète que possible de cas individuels… qui ne sont pas forcément médicaux ». L’approche clinique se propose l’étude d’un « être humain concret et complet », de « l’individu complet et concret » envisagé tant dans sa « singularité » que dans son « drame ». Elle envisage l’homme en conflit…l’homme total en situation, c’est-à-dire « une personnalité aux prises avec un certain entourage…un problème mal résolu, une situation-problème». Cet examen vise à rapporter « l’histoire d’un cas » à « l’ensemble de ses conditions…(hérédité, maturation, conditions physiologiques et pathologiques, histoire de vie). En un mot, il se donne pour cadre « toute l’évolution » de la personnalité. La psychologie a également pour objet les groupes, ce qui l’ouvre aussi sur une psychologie sociale clinique : psychodrame, dynamique de groupe.

Cette voie indiquée par Lagache sera développée par D. Anzieu entre autres auteurs. Il fonde la spécificité de la psychologie clinique sur la méthode clinique, c’est-à-dire « la nature des opérations avec lesquelles le psychologue approche les conduites humaines ». Et ceci en opposant une telle attitude méthodologique propre à la psychologie clinique au contrôle artificiel des facteurs caractéristiques de l’expérimentation. Cette méthode qu’il préfère appeler de « diagnostic » peut mettre en jeu différentes techniques (cf. cours sur les méthodes cliniques) qui relèvent tout autant d’une clinique instrumentale ou armée que d’une clinique basée uniquement sur l’entretien. Elle se spécifie avant tout à partir de ses objectifs qui visent à « envisager la conduite dans sa perspective propre, relever aussi fidèlement que possible les manières d’être et de réagir d’un être humain concret et complet aux prises avec une situation, chercher à établir le sens, la structure et la genèse, déceler les conflits qui la motivent et les démarches qui tendent à résoudre ces conflits, tel est en résumé, le programme de la psychologie clinique ». Il indique que l’approche clinique se différencie de l’approche expérimentale et de l’approche psychanalytique. La psychologie clinique est comprise comme une ouverture sur les autres disciplines psychologiques Elle est une « super-observation de la conduite ». Elle conserve une place à part par rapport à la psychanalyse, existe en tant que telle et ne saurait être remplacée par la psychanalyse même si celle-ci est utilisée comme un véhicule propre à favoriser l’implantation de la psychanalyse dans le milieu universitaire pour s’émanciper de la médecine, de la philosophie et de la biologie.

Juliette Favez-Boutonnier (1903-1994), dix ans après la formulation par Lagache distancie encore mieux la psychologie clinique du modèle médical en l’orientant davantage vers une psychologie générale clinique. Elle met l’accent sur le thème de l’intersubjectivité en ouvrant la psychologie clinique à d’autres domaines moins marqués de la pathologie (éducation, petits groupes, orientation). A la clinique armée de Lagache, elle préfère la clinique aux mains nues (psychologie de la vie quotidienne). Pour Favez-Boutonnier, la psychologie clinique est « l’étude de la personnalité singulière dans la totalité de sa situation et de son évolution ». Il s’agit de « l’approche contrôlé de l’homme par l’homme dans une situation d’implication réciproque » (relationd’interdépendance de l’objet observé et du sujet-observateur qui peut s’entendre en psychanalyse de la relation entre le transfert et le contre transfert).

Didier Anzieu (1979) s’est attaché à préciser les relations entre la psychologie clinique et la psychanalyse. D’après lui, la référence psychanalytique est dominante mais pas exclusive en psychologie clinique. Les perspectives économique et topique appartiennent à la psychanalyse mais elle partage avec la psychologie clinique les perspectives dynamique et génétique. La psychologie clinique met aussi l’accent sur le point de vue adaptatif et interrelationnel. Elle se présente comme « une psychologie individuelle et sociale, normale et pathologique, elle concerne le nouveau-né, l'enfant, l'adolescent, le jeune adulte, l'homme mûr, l'être vieillissant et mourant. Le psychologue remplit trois grandes fonctions : diagnostic, formation, expertise. Le psychologue clinicien reçoit un formation de base nécessaire mais non suffisante pour devenir éventuellement psychothérapeute (à lui d'acquérir une expérience psychanalytique) ».

Françoise Dolto (1983), dans la perspective originale d’un lacanisme ouvert à la psychologie, propose de distinguer sans les opposer les rôles respectifs du psychologue clinicien et du psychanalyste. Le Psychologue : « assistance à personne en danger et en désarroi ». Le Psychanalyste travaille dans la réalité, s’en tient à la fantasmatique, fait une anamnèse en recourant aux tests Clinique de la parole, peut procéder à des psychothérapies de soutien en utilisant le transfert, utilise le transfert et le contre transfert, observe une coexistence d’une attitude neutre et de l’engagement, a une attitude neutre. Colette Chiland (in Perron, 1997) propose dans le même esprit que la psychologie de la vie quotidienne une formule plus ramassée et expressive pour la psychologie clinique : la psychologie au service d’autrui. Roger Perron (1997), est aussi inspiré par la référence humaniste. Pour lui, la psychologie clinique se donne pour but d’expliquer les processus psychiques de transformation dont la personne est le siège. La personne est un système, une structure régie par des lois d’autorégulation, par le jeu de régulations synchroniques4 et diachroniques5. Pour tous ces auteurs, la psychologie clinique s’intéresse à tous les secteurs de la conduite humaine, normal et/ou pathologique, selon tous les âges de la vie.

A partir des années 1990, des positions nouvelles s’expriment sur la psychologie clinique et notamment sur le thème de la méthode clinique. Claude Revault d’Allonnes (1989) s’intéresse à la psychologie clinique, dans le souci d’une articulation plus marquée avec la psychologie sociale. Il insiste sur certains caractères de la démarche clinique : lien étroit de la recherche avec la pratique, importance du rôle de la demande et de la relation entre le client et le psychologue, prise en compte de l’implication, référence à la psychanalyse, réévaluation de la dimension sociale. Michèle Huguet (1995) se situe également dans une perspective définie par cette double dimension méthodologique et sociale. La méthode clinique ou encore la démarche clinique en psychologie concerne le sujet clinique, dont la base est « l’homme en situation » dans la société moderne. L’approche clinique se conforme au modèle de la relation psychanalytique. Jean Louis Pedinielli (1994) propose une définition opératoire de la psychologie clinique. Il conteste les conceptions précédentes qui restreignent la psychologie clinique à des conceptions non objectivantes, très proche du modèle psychanalytique. D’après lui, la psychologie clinique est la sous discipline de la psychologie dont l'objet est : l'étude, l'évaluation, le diagnostic, l'aide et le traitement de la souffrance psychique quelle que soit son origine (maladie mentale, trauma, dysfonctionnements, malaise intérieur). Elle se fonde sur des méthodes cliniques (étude de cas, l'observation clinique, techniques standardisé : tests, etc.). La psychologie clinique désigne à la fois un ensemble de pratiques (psychologue clinicien) et un ensemble de méthodes et de théories (connaissances validées issues de ces pratiques). Ces différences témoignent de l’existence du clivage épistémologique en deux tendances qui caractérise la psychologie clinique contemporaine : - une tendance humaniste subjectivante proche de la psychanalyse qui vise à la compréhension synchronique et diachronique de la personne et qui préfère une clinique de la parole ; - une tendance naturaliste objectivante qui privilégie une clinique instrumentée et tend à se rapprocher du modèle des sciences de la nature. Ce clivage épistémologique s’exprime également dans la manière de concevoir la recherche en psychologie clinique est aujourd’hui largement dépassé.

Ainsi, Widlöcher (1999) souligne à quel point la clinique n'est plus homogène (un modèle de référence "psychanalytique", une méthode dite "clinique") ; que son évolution conduit à une extension des méthodes et des références conceptuelles impliquant des points de vue et des processus différents de construction de l'objet. Au niveau méthodologique, la dichotomie qualitative/subjective-quantitative/objective se trouve largement remise en question au profit d'un continuum méthodologique (Huberman et Miles, 1991) ou bien d'une conception générale de la méthodologie en sciences humaines (Pires, 1997). Les arguments avancés sont d'abord relatifs à l'examen des pratiques effectives de recherche en sciences humaines. De nombreux chercheurs ont mis en évidence l'écart important entre les positions épistémologiques, méthodologiques et l'effectivité des pratiques de recherche. Ainsi, des chercheurs positivistes (valorisant le quantitatif et l'objectivité) ont recours à des entretiens pour compléter leur recherches. Inversement des chercheurs ayant opté pour le paradigme qualitatif peuvent traiter leurs données de façon quantitative. Faire une recherche qualitative n'implique donc pas d'utiliser exclusivement des méthodes qualitatives.